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Les dernières élections européennes ont suscité un véritable tollé médiatique, des réactions en chaîne n’en finissant plus mais aucune véritable analyse de fond. Pourtant, les résultats ne sont pas une surprise mais plutôt la confirmation d’un processus de prise de conscience des français au regard de l’Europe qui leur est proposée.

Rappelons-nous pourtant qu’en 2005, 54,68% des suffrages exprimés ont rejeté cette Europe-là avec, excusez du peu, 69,34% de participation… Dès son élection, le successeur de Jacques CHIRAC s’assoit sur la volonté populaire, sur le suffrage universel. Il y a là une blessure profonde, un sentiment d’être grugé, une sensation de se sentir méprisé, comme si ce vote largement majoritaire n’avait jamais existé. D’aucuns se demandent même si dans l’esprit de certains un retour au suffrage censitaire ne constituerait pas une solution à tous les maux de la France et en particulier l’expression de la volonté populaire.

Pourtant, il est faux de dire que l’Europe est rejetée, un peu d’histoire pour éclairer le propos. Rappelons-nous qu’à l’origine deux Europe sont en concurrence. L’une est l’héritière du premier traité de Rome, de la CECA, des pionniers allemands et français d’une Europe mariant développement économique et progrès social, la CEE, Communauté économique européenne. Une Europe dont le potentiel et le poids étaient énormes. Apposée à celle-là, existait une « petite » Association Européenne de Libre Echange, AELE, sous l’égide des anglais, libérale comme les anglo-saxons savent l’être avec une place très limitée pour la personne. C’est pourtant cette dernière qui règne sur l’Europe d’aujourd’hui. Une Europe qui est devenue une succursale des économies américaine et chinoise en attendant les autres BRIC.

La France n’a jamais pesé lourd ces dernières années en Europe. En effet, il est reconnu que le couple franco-allemand n’était efficient que lorsqu’il associait deux tendances à priori opposées, la droite et la gauche. Ces dernières années, la politique européenne française a été à la remorque de nos partenaires allemand et par voie de conséquence du patronat allemand. La question du rejet historique de toute tendance inflationniste n’est que le reflet de l’arbre qui cache la forêt. Il est surprenant pour le moins que celles et ceux qui ont conduit et soutenu cette politique affirment en chœur que l’Europe doit changer. Prennent-ils les français pour des imbéciles ? Petite remarque au passage, « le triomphe » d’Angela MERKEL aux législatives allemandes m’a laissé un goût amer, celui de la désinformation pure et simple. En France, une telle situation a un nom, elle s’appelle la cohabitation… Les libéraux allemands ont été éliminés et la CDU a dû se résoudre, pour gouverner, à une alliance avec le SPD et à accepter un SMIC à l’allemande…

Bien sûr, la France est en quelque sorte l’élève à corriger d’une tendance ultralibérale ambiante. Les français eux-mêmes ne réalisent pas l’efficacité des « amortisseurs sociaux » en place au grand dam des libéraux et spéculateurs de tout poil qui ne s’enrichissent pas autant qu’ailleurs. Demandez donc à nos voisins espagnols, portugais ou italiens ce qu’ils en pensent. Et montrer du doigt les minorités, les accuser de tous les maux ne doit en rien cacher la perfusion continue sous laquelle se trouve le patronat ni l’origine de la première et plus coûteuse fraude nationale, le travail dissimulé. Alors bien sûr, il faut savoir se réformer et se placer dans le contexte de la mondialisation. Que pèserait aujourd’hui la France seule, isolée face aux économies américaines ou BRICS ? Rien, rien du tout. Ce serait comme si l’Espagne revenait au temps de Franco, le Portugal au temps de Salazar, la France au temps de Pétain. Pétainisation, c’est la tendance actuelle et il faut la dénoncer et la combattre parce qu’elle porte en elle, crise oblige, les mêmes travers.

Alors pour se réformer et tant qu’à faire au plan politique d’abord, prenons le taureau par les cornes. Oui, il faut supprimer les conseils généraux en solutionnant au passage la question des territoires ruraux qui paient un tribut très élevé aux diverses réformes en court. Oui, il faut se reposer la question de l’existence du Sénat, comme le Général de Gaulle l’avait fait. Oui, il faut limiter le cumul des mandats. Oui, il faut se poser la question de la survie politico-administrative de communes là où existent métropoles ou intercommunalités. Oui, il faudrait limiter le nombre de mandats par fonction, exemple deux, comme pour celui de Président de la République, de cinq ans pour un député qui ne pourrait être que député durant tout ce temps et à l’identique pour les autres mandatures hors les maires de petites communes. Peut-être qu’au lieu de se prendre pour des nababs, enfin les hommes politiques pourraient mesurer, enfin un petit peu au vu de tous leurs privilèges, les effets du traitement qu’ils infligent aux citoyens. Et côté mode de scrutin, privilégions la proportionnelle à un tour, simple et moins cher aussi. Elle obligerait les grands partis à s’entendre pour gouverner ensemble et répondrait à l’attente des français qui pensent qu’il peut y avoir du bon à droite et à gauche, ce qui est impossible aujourd’hui. L’unité nationale ne peut exister que si l’on toilette profondément la Constitution de 1958, parfaitement adaptée à son temps mais dépassée dans le contexte actuel.

Alors, arrêtons de donner des leçons au peuple et soyons déjà à son écoute. Lui est sûrement plus mature que la classe politique. Il y aura sûrement moins d’abstention aux élections, plus de démocratie parce que plus de renouvellement. Les extrêmes auront moins d’os à ronger et la France forte de sa culture et de son histoire pourra de nouveau peser au plan européen. I have a dream ? Oui bien sûr, il faut avancer, refuser la tentation du repli sur soi. En attendant et chacun pourra le mesurer à sa propre échelle, oui la France compte quand elle a de bons comptes. Michel DEBRE applaudirait…

A suivre…

Michel HUGUES

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