Home > Accueil > Le silence assourdissant des partis politiques sur la séquestration de patrons …

Le silence assourdissant des partis politiques sur la séquestration de patrons et le chantage à la bombe de la part de syndicalistes

10 juin 2014

Depuis quelques années, la France se distingue par une nouvelle spécificité bien particulière : la séquestration de cadres dirigeants lors de conflits sociaux ou le chantage à l’explosion d’une usine, d’un entrepôt ou d’un site de production. L’objectif étant, dans un premier temps de braquer les caméras des médias bienveillants sur ce type d’action et, dans un deuxième temps d’obtenir satisfaction sur les revendications des salariés défendus par des syndicats dont la seule motivation est de continuer à exister dans un pays qui compte le plus faible taux de salariés syndiqués (7%) parmi les pays l’OCDE.

Les exemples sont, en effet, de plus en plus fréquents et, sans que cela soit exhaustif, il est intéressant de se souvenir qu’en 2009, les salariés de JLG-France menaçaient de faire sauter leur production si 53 salariés, malheureusement visés par un plan social, ne percevaient pas 30 000 € d’indemnités. La même année, le personnel de Nortel France et les salariés de l’équipementier automobile New Fabris menaçaient, eux, de faire sauter leur usine suite aux liquidations judiciaires prononcées. En 2012, un cadre de l’usine PSA est séquestré par des responsables des syndicats SUD et CGT qui souhaitent « l’arrêt des retraits sur salaire pour les salariés qui interrompent leur travail pour discuter avec des délégués syndicaux ». En 2014, ce sont 2 dirigeants de l’usine d’Amiens-Nord de Goodyear qui sont retenus, 5 cadres de Seita le sont également car les salariés du dépôt de Nantes ne disposaient pas d’assez d’information sur la restructuration du groupe.

Nous pourrions également citer les cas de Daewoo, Sony France, Kléber, Caterpillar, La Poste… et tout dernièrement, probablement le plus emblématique : la séquestration pendant plusieurs heures du conseiller agriculture de François Hollande par la Confédération Paysanne qui exigeait la levée de la garde à vue de 5 de ses militants interpelé après avoir dégradé un site industriel dans la Somme au prétexte que celui-ci était destiné à faire disparaître les paysans. Les 5 gardés à vue ont été promptement libérés et le conseiller du Président Hollande a pu recouvrer sa liberté.

Au-delà de l’image tragi-comique du dernier exemple, il convient de se poser 2 questions : la première est technique : que risquent les salariés ? La deuxième est beaucoup plus importante : quelest l’impact sur la société française de la banalisation et de l’acceptation de ce type de comportement par la classe politique dans son ensemble ?

La réponse à la première question est limpide. Les salariés ne risquent à peu près rien, alors que le code pénal prévoit pourtant que les auteurs qui privent illégalement de liberté une personne encourent jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et une amende de        75 000 € (art 224-1 du code pénal). Cette peine pouvant être portée à 20 ans si la séquestration dure plus d’une semaine. En réalité, lorsque des poursuites sont engagées, ce qui est extrêmement rare, les peines les plus sévères sont de 1 à 3 mois de prison ferme, c’est à dire pas un jour de prison effectué.

 A titre d’illustrations, Olivier Besancenot et 12 de ses acolytes ont été relaxés suite à la séquestration de cadres de La Poste en 2010. La même année, le licenciement d’un délégué CGT, qui avait participé à la séquestration de 4 cadres du site de Caterpilar de Grenoble a été annulé par le ministère du Travail. Il est également intéressant de noter qu’interrogé sur la méthode employée par les salariés de Goodyear, Jean-Claude Mailly (leader FO) considère qu’elle n’est « pas la bonne » mais que « quand ça se passe correctement sur le plan humain, ce n’est pas non plus un drame ».

A ce stade, il convient donc de s’interroger sur les conséquences d’un non-respect des lois et de leurs traductions dans le quotidien du citoyen lambda.

Faut-il permettre à un contribuable de bonne foi, qui ne serait pas satisfait de la réponse de l’administration fiscale dans le cadre d’un contentieux, de séquestrer son contrôleur fiscal afin d’obtenir de meilleures conditions ? Si l’on en croit M. Mailly et si le « séquestré » est humainement bien traité, il n’y aurait pas de quoi en faire tout un plat.

Est-ce que le salarié d’une société en liquidation judiciaire est plus légitime dans ces exigences que le français d’origine étrangère qui se voit refuser l’entrée d’un établissement de nuit et qui aurait donc l’envie naturelle de séquestrer le propriétaire de l’établissement ou de le faire exploser pour obtenir réparation ?

Faut-il permettre à un délinquant de considérer qu’un enlèvement avec une demande de rançon n’est finalement pas très grave à partir du moment ou la victime est correctement traitée sur le plan humain ?

Il ne s’agit pas ici de sous-estimer la détresse de salariés qui perdent leur emploi dans une région où il est quasiment impossible d’en retrouver mais de faire le constat selon lequel l’absence de courage politique conduit toujours au même résultat : la destruction des repères, la victoire du dangereux « pourquoi eux ont-ils le droit et pas nous ? », le délitement des valeurs qui servent de socle à une société.

Ce ne sont pas les responsables des comportements ci-dessus visés qu’il convient de stigmatiser mais bien le système qui leur permet d’ignorer la loi sans aucune conséquence.

Quel est le risque ultime de cette lâcheté collective ? Qu’un jour se produise un drame, et à ce moment là nous serons tous responsables alors que l’auteur du drame pensait juste  faire quelque chose d’anodin, de non répréhensible, de pas grave. Et lui sera probablement condamné à de longues années de prison.

Thierry JULLIEN

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

*


*